Bon je remonte un topic qui n’a pas survécu à la période d’accalmie du Braisn, et qui pourtant comme on peut le voir au nombre de sujets récemment ouverts sur la BD, à sa place tout en haut. S’il vous plait, que quelqu’un le mette en sticky histoire de gagner en clarté et en Braisnitude. Et si le cœur vous en dit, nous feront grossir ses pages jusqu'à l’opulence.Donc, de quoi je vais vous parler pour inaugurer ce renouveau ? De trois volumes, tous divers ; l’un est un pseudo manga sino-coréen, l’autre une BD franco-ivoirienne et puis je finirais avec un gros recueil de comics américain super connu.

Ya San, c’est un compte philosophique écris par une chinoise et dessiné par un coréen. Le volume n’est pas très gros, 80 pages format A5 tout au plus. Pourtant ça se lit lentement, car l’histoire est compliquée, et aussi pour une autre raison que vous allez comprendre après. Mais l’histoire est vraiment tordue, la scénariste à voulu construire son récit comme un rêve. C'est-à-dire qu’on a aucune unité de lieu, de temps ni même de personnages. On ne peut pas savoir si l’histoire à duré quelques jours ou dix ans, on ne peut même pas être sur que le héros de la fin est le même que celui du début. Une histoire de père célibataire qui élève son fils vient renforcer cette ambigüité, puisqu’on ne comprend pas trop comment le temps s’écoule. Enfin, c’est tout à fait dans un trip psycho-oriental, un narrateur au ton totalement impersonnel venant renforcer le côté compte de l’histoire.
Mais si j’ai acheté Ya San, ça n’était pas pour le scénario. C’était pour ses dessins. Le type qui fait ça à un talent monstrueux, franchement je suis sur le cul. Tout est au crayon, en niveaux de gris, déjà on s’incline. Mais c’est d’une telle vigueur, d’une telle audace par moments, peu de BD ont autant de patate graphique. Pas de trames, les ombrages et les valeurs sont faites en hachures vives, et ça fait de chaque dessin une petite œuvre. Pour une personne qui a le crayon un peu timide, Ya San est une vraie mine d’or, une source d’inspiration énorme par ce que le dessin y est explicite. Les cadrages sont souvent audacieux, on sent la fougue du jeune dessinateur. J’adore les décors, j’adore les textures, les jeux d’ombres. On sent que ce type fonctionne à l’instinct, pourtant il garde une cohérence. Bon, pas parfaite, c’est un peu fouillis par moments, mais globalement c’est une vraie claque graphique. Les visages pourraient être un peu plus expressifs peut être…
Enfin, Ya San ce n’est pas génial comme BD globalement. Mais pour moi c’est un petit bijou, un truc que je feuillèterais souvent à la recherche d’un rendu d’ombrage ou d’un drapé nerveux.


Aya de Yopougon est encore une histoire racontée par une femme et dessinée par un homme. Par contre cette fois la fille est ivoirienne et le mec est français mais à fait de la tôle aux états unis (c’était sur le quatrième de couverture). C’est une histoire en 3 volumes, ou finalement il ne se passe pas grand-chose. C’est une histoire ordinaire, que dis-je, bien pire, VRAIE. Enfin, ça a du être romancé quand même, mais c’est tout à fait crédible. C’est Dallas, mais dans la banlieue d’Abidjan. Et c’est Ultra rafraichissant comme histoire. Ca faisait longtemps que je n’avais pas autant apprécié une BD aussi légère, aussi insouciante. Pour ceux qui fréquentent peut être quelques africains, bah voilà, la BD est comme eux. Profondément optimiste, souriante, simple.
Le langage des protagonistes est marrant, ça parle ivoirien quoi. Ils appellent les femmes âgées « tantie » et les livres compliqués « papier de blanc ». Ils passent leur temps à danser et à baiser, normal ce sont des jeunes. Enfin si vous avez l’occasion de lire ça, ne vous en privez surtout pas. A lire quand il fait très chaud pour profiter au max du travail en dessin. Ah oui, par ce que c’est aussi super bien dessiné, ceux qui ont déjà vu un peu l’Afrique pourront apprécier le réalisme des décors, l’ambiance parfaitement retranscrite d’une banlieue de là bas. Bon, ce n’est pas très impressionnant, mais la construction des planches, les « gazelles » (les jolies filles noires quoi) et surtout le travail sur la couleur sont remarquables.
Conclusion, Aya c’est vraiment génial. Ca fait partie de ces BD qui ont l’air si simples qu’on en sera jamais dégoûté, et qui peuvent plaire à tout le monde, de ma grand-mère au gosse de 10 ans (j’ai vérifié).


Transmétropolitain, je ne connais pas le titre original mais c’était surement le même. Enorme bonne surprise. J’ai acheté ça par ce que j’avais déjà vu la gueule du héros (spider-jérusalem, ça ne s’invente pas) sur 4chan. J’avais fait pareil pour Yotsuba&, et c’est décidément une bonne méthode pour découvrir de la BD !
Alors, c’est le futur, et tout ce qui part en couilles aujourd’hui a empiré 1000 fois. Voilà le postulat de départ. Là on retrouve le héros, un grand malade mental, ultra violent, misanthrope, un philosophe de son temps, un journaliste : Spider Jérusalem. Rarement vu un héros de BD aussi charismatique et sympathique. Je ne vais pas essayer de le décrire par ce que je le ferais en utilisant des clichés et qu’il vaut mieux que ça. En tout cas il écrit (oui c’est un journaliste donc on lit ses articles parfois) un peu comme paumé dans son blog, avec une violence sous-jacente dans chacun de ses mots, mais toujours relativement détaché.
Scénaristiquement parlant, c’est merveilleux, plein d’ironie, de références à aujourd’hui super bien vues. Ca joue avec le vintage du futur, le ringard du futur, le cycle des modes ridicules, on s’y croit vraiment. Le récit progresse lentement, par épisodes qui sont plus là pour décrire un univers que pour faire avancer une histoire. Et encore une fois c’est super bien vu, chaque point est développé avec un vrai souci de science/politique fiction. Par exemple un chapitre sur les cryogènisés qui deviennent complètement barges à leur réveil par ce que la société à trop changé pour eux, ou encore des gens qui se font entièrement numériser et placer dans un nuage de nano machines et deviennent immortels. Et puis ça suinte, ca poisse de partout, les ruelles n’ont jamais été aussi crades, les gens fument tout le temps par ce qu’on a découvert un remède contre le cancer… C’est comme ça à chaque page, il y a toujours une petite idée choquante bien vue.
Niveau dessin, bah pour une production américaine ou a vu mieux, mais l’œuvre joue la carte du old school et surtout d’un dessin qui sers l’histoire et donc qui doit se faire plus discret que l’étalage technique habituel dans le milieu des comics. Les couleurs tout particulièrement, sont merveilleusement vieillottes comme sur les premiers spider-man, pourtant on peut parfois repérer des dégradés Photoshop, donc c’est volontaire. Je ne m’y connais pas beaucoup, mais globalement je trouve le dessin franchement bon, parfois peut être maladroit mais sur certains dessins c’est la classe absolue.
Globalement, Transmétropolitain se lit lentement, avec délectation, mais n’est pas « passionnant », puisqu’il n’y a pas vraiment d’histoire. Encore une fois, c’est le genre de volume qu’on prend un plaisir immense à rouvrir à n’importe quelle page et à relire dix minutes en scotchant les détails.
