World End Economica

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Cornemuse
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World End Economica

Post by Cornemuse » 13 July 2017, 08:33

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World End Economica est un kinetic novel. Contrairement aux visual novels, qui comportent des choix faisant varier le scénario, les kinetic novels ne permettent aucune interaction. C'est juste des romans avec images et musiques. Mais ils viennent du même monde que les visual novels, c'est-à-dire en grande majorité du Japon, et sont en lien direct avec la culture manga et jeux vidéo : style graphique, musiques, histoires, tropes de personnages, etc. Bref, c'est un roman-anime.

Je poste pourtant cet article dans la section "Jeux vidéo" car, bizarrement, c'est officiellement classé comme tel, et d'ailleurs ça s'achète sur Steam et consorts.

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L'histoire se passe sur la Lune, dans un futur proche où les multinationales les plus puissantes y ont créé un paradis de dérégulation économique. La Lune est devenue une nation sans aucune loi ou presque, où les investisseurs et les spéculateurs s'en donnent à cœur joie, où les richesses deviennent totalement démentielles et où les pauvres sont moins bien considérés que des rats.

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Le héros, Haru, est un apprenti trader. Quand l'histoire démarre, c'est un jeune gamin qui a fugué de chez ses parents. Il espère entrer dans la cour des grands grâce à son talent en trading, . Son rêve est de devenir l'homme le plus riche de la Lune, pour transporter l'humanité sur Mars. C'est un petit connard mégalo qui n'a aucun respect pour personne. Au fur et à mesure de ses rencontres et de ses épreuves, le gosse grandi, ses rêves changent et sa vision du monde aussi.

L'histoire est découpée en 3 épisodes. Ça permet de traiter le sujet de façon progressive et didactique. Le premier épisode se focalise sur le métier de trader, les techniques utilisées, le fonctionnement de la bourse, etc. Le second épisode va un peu plus loin et commence à montrer les liens entre les marchés financiers, la création et le développement des entreprises, les miracles ou les désastres qu'un monde sans régulation peut engendrer. Le 3ème épisode, enfin, est totalement inspiré de la crise de 2008 et permet de comprendre tout ce qui peut amener à une crise financière avec toute la complexité que ça peut avoir, tout en restant accessible au commun des mortels.

Mais autant prévenir : si, comme moi, vous n'êtes pas familiers avec ce monde-là, vous allez parfois devoir vous accrocher pour comprendre ce qu'il se passe. Les concepts sont bien expliqués mais s'accumulent, et le rythme est exponentiel. Très lent et limite infantilisant lors du 1er épisode, il devient vite très soutenu à la fin du 1er et lors du 2nd épisode, et complètement dingue pendant le 3ème épisode.

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Vous ressentirez souvent ça.



Mais où sont mes waifus ? On parle bien d'un genre de visual novel, non ?

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Il y en a, évidemment, pour assurer qu'on tombe amoureux dans ce monde de pognon et de manipulation. Il y a même un bon gros nombre de FEELS. Ils sont sobres, très diffus, écrits froidement, sans s'étendre et sans niaiserie. Mais très efficaces, et surtout essentiels. C'est eux qui permettent de tenir le coup quand on est dans des kilomètres de description de manipulations de chiffres et de graphiques. Ça donne du corps, de l'humain. C'est là que ça devient awesome : on se met à lire la vie d'un trader comme si c'était un héros de shônen. C'est parfois diablement épique.

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Il y a une relative neutralité politique dans World End Economica, malgré un sujet ultra chaud ces dernières années. On y présente des faits sans influencer directement le jugement du lecteur. Les choses injustes sont présentées de manière brute, mais sans proposer de solution, et sans pointer non plus de coupables. C'est une description du système avec ses avantages et ses inconvénients, plutôt qu'une critique. On peut y voir une source de révolte, ou bien de fascination. Je pense que lecteurs de droite ou de gauche s'y retrouvent sans aucun problème. Il y a une sérénité idéologique. On se sent libre de penser, se poser des questions, sans se sentir dirigé. C'est une bouffée d'air frais sur un sujet comme celui-là, où droite comme gauche laissent libre cours à leurs fantasmes et discours de propagande qui simplifient les choses à outrance, ou disent juste n'importe quoi.

Last but not least, les musiques défoncent :

https://www.youtube.com/watch?v=3BH7kqyiAt4

Si on met de côté les regrettables pistes de pseudo-rock ou les rares chansons jap débiles (qu'on entend surtout au début de cette vidéo d'OST), il y a des morceaux qui n'ont rien à envier aux OSTs de Nobuo Uematsu ou de Yasunori Mitsuda. A de nombreux passages, il y a une atmosphère Xenogears ou Chrono Trigger qui a fait vibrer mes cordes sensibles.



En une phrase, World End Economica est donc un kinetic novel mêlant science fiction et économie avec des sessions de trading aussi awesome que des battles de DBZ, un véritable cours sur les marchés financiers, et des feelings puissants avec des waifus surdouées en mathématiques.

Ne vous laissez pas décourager par son démarrage lent et laborieux, ni par son enrobage anime standard : c'est une perle.

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Re: World End Economica

Post by Timst » 13 July 2017, 10:03

Crazy shit, ça n'est pas allé là où je pensais quand j'ai commencé à lire l'article. En tout cas ça a l'air vraiment intéressant, j'achète (13€ par épisode? Je vois que la didactique commence dès le début).

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Re: World End Economica

Post by Cornemuse » 13 July 2017, 14:56

Yes !

Oui les prix sont un peu prohibitifs. Tu as tout de même une dizaine d'heures devant toi avec l'épisode 1, donc tu peux attendre des soldes Steam pour les autres.

Le début de l'épisode 1 est le moins intéressant. C'est longuet à se mettre en place. Quand ça commence à prendre, par contre, c'est du non-stop jusqu'à la toute fin de l'épisode 3. Enjoy !

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Re: World End Economica

Post by LeRusse17-91 » 14 July 2017, 00:38

Share price : 813 moules.

Plait-il ?
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Re: World End Economica

Post by Timst » 18 July 2017, 00:56

Bon, alors j'y ai "joué" environ 2h, pour le moment mes sentiments sont mixés.

Déjà techniquement il se sont pas foulés pour le moteur du truc. Si tu met en plein écran c'est tout étiré et crade, donc faut jouer en fenêtré. On aurait pu penser que comme y'a pas de gameplay a faire, ils auraient pu mettre un peu plus de budget dans le viewer. Enfin bref.

C'est plutôt joli et assez bien écrit, mais heu, la traduction est... étrange ? Je sais pas si t'y a joué en VO Corn, mais en tout cas la VEN a des moments space. Notamment quand c'est des descriptions de lieux, anecdotes historiques etc ça se tient très bien, mais tous les dialogues sont vraiment bizarres. Les persos ont des réactions super fortes à des phrases totalement anodines, ils s'énervent et s'offusque sur presque rien... de mémoire y'a pas mal de registres de politesse et d'honorifics en Japonais, donc ça a peut être était skip en anglais.

Sinon pour le moment y'en a pas trop, mais perso j'ai vraiment passé l'age des tropes de shonen avec le perso qui panique parce qu'il a vu une fille en petite culotte etc. Là encore j'imagine que y'a un aspect culturel, mais c'est bon quoi, grow up. Ah et puis ce perso principal c'est vraiment un sale type, en te lisant je pensais juste que ce serait un liberal pur souche, mais je m'attendais pas à ce que ce soit une remarque sexiste tous les 10 minutes et de la sociopathie à peine dissimulée par dessus le marché. GROW UP MEC

Sinon ouais, ça commence vraiment lentement. Dans les deux premières heures c'est 5% trading, 95% planter le décor (et avoir des disputes incompréhensibles).

Et ouais la musique est cool sinon. Bon je vais continuer et on verra bien où ça va.

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Re: World End Economica

Post by Cornemuse » 18 July 2017, 06:11

La traduction est pas top oui (Sekai Project est réputé pour faire les choses un peu à l'arrache). J'ai lu en anglais, mais c'est sûr que c'est parfois bizarre. Mais il me semble que ça s'arrange après. L'équipe de traduction change au 2ème épisode (d'ailleurs Hal deviendra Haru... ^^)

Oui au début il y a un peu de fan service et pas mal de remarques sexistes effectivement. En ayant l'habitude des tropes d'anime j'ai globalement ignoré tout ça, mais c'est clair que c'est lourdingue. Au départ, j'étais vraiment pas convaincu non plus et seules les quelques descriptions de trading m'intriguaient.

Ne t'inquiète pas, le héros va effectivement grow up. D'ailleurs le fanservice et le sexisme disparaît au fur et à mesure que le héros grandit, donc je dirais que ça vient du personnage quand il est enfant et non d'un truc inconscient de l'auteur. M'enfin ça reste un truc jap donc je vais pas me mouiller trop là-dessus.

D'ailleurs la question de la vision de la femme est vraiment compliquée quand il s'agit du Japon. Ils sont objectivement en retard sur les droits des femmes, mais il y a aussi une part importante de différence culturelle qui fait qu'on interprète mal un certain nombre de choses. C'est toujours difficile de juger ces questions sociales quand on les appréhende dans une culture différente.

En tout cas, au sujet de WEE, le scénario propose aussi des femmes qui ont la classe, qui sont intelligentes et indépendantes. Mais je comprends, maintenant que tu le dis je me souviens avoir tiqué plusieurs fois sur les remarques de Haru enfant qui fait des généralités sur les filles.

Pour le trading, ça va venir haha. En attendant, je te conseille de lire rapidement et un peu en travers quand une scène te parait trop longue. Les visual novels ont cette manie de l'étalage de texte, sans doute dûe au fait que le nombre de mots est un argument de vente déterminant au Japon (il est souvent mentionné au dos de la boîte de la version physique des visual novels)

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Re: World End Economica

Post by Timst » 18 July 2017, 11:06

Cool, on va voir du coup.
D'ailleurs la question de la vision de la femme est vraiment compliquée quand il s'agit du Japon. Ils sont objectivement en retard sur les droits des femmes, mais il y a aussi une part importante de différence culturelle qui fait qu'on interprète mal un certain nombre de choses. C'est toujours difficile de juger ces questions sociales quand on les appréhende dans une culture différente.
Je suis curieux de ça. Tu peux détailler ?

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Re: World End Economica

Post by Cornemuse » 18 July 2017, 13:01

Je ne suis encore jamais allé là-bas donc c'est hasardeux de s'aventurer sur ce genre de sujet. Ce que je dis ne provient que d'un assemblage d'hypothèses, impressions, analyses de la construction de la langue, ainsi que de la manière dont sont racontées les histoires de fictions, et puis des on-dit que j'ai pu entendre ou lire. Je ne peux pas m'inventer sociologue du Japon, ni même parler de ce qu'est le quotidien là-bas, du moins pour l'instant.

Mais globalement, je ne crois pas me tromper si je dis qu'au Japon, il y a une différenciation très claire entre les hommes et les femmes, encore plus que chez nous je veux dire. Ils mettent un point d'honneur à bien séparer les deux. Chez nous, on sépare les jouets entre ceux pour les petites filles et ceux pour les garçons, mais cette séparation s'arrête à la fin de l'adolescence environ. Chez eux, cette distinction des objets de loisir continue au-delà. Si on prend l'exemple des manga, on a les shônen pour les jeunes garçons, les seinen pour les jeunes hommes jusqu'à 35 ans environ, et à côté les shôjô pour les jeunes filles, et les jôsei pour les jeunes femmes jusqu'à 35 ans environ. Côté porno, il y a les hentai pour les hommes, et les yaoi pour les femmes (qui sont exclusivement des histoires de cul entre hommes, cela dit).

Dans la langue, les femmes et les hommes n'utilisent pas toujours les même mots pour dire la même chose. Il y a des mots que seuls des hommes disent (ou des femmes "garçons manqués" : les anime jouent beaucoup sur cet effet), et inversement, des mots que seules les femmes disent (ou les hommes "effeminés", idem).

Si j'ose m'avancer plus (mais c'est à prendre avec des pincettes grosses comme ça, et aussi à relativiser avec l'occidentalisation croissante du pays depuis la fin de la guerre), je dirais que dans les moeurs, ça ressemble beaucoup aux femmes du Moyen-Orient. Jeunes, les femmes sont considérées comme pures : il y a un culte de la virginité, et elles ne sont pas censées éprouver du désir sexuel, ou du moins on leur demande de le cacher. Par la suite, elles sont destinées à être mères, et c'est à ce moment qu'elles deviennent maîtresses d'elle-mêmes (comprendre : surtout du foyer et des enfants, pas beaucoup du reste). Mais c'est ressenti comme une fierté, un véritable rôle. Il n'y a pas trop de remise en question de ce rôle fondamental de mère, j'ai l'impression. Même si elles ont tout à fait le droit de travailler, beaucoup de femmes japonaises cherchent un mari à bonne situation pour devenir mère au foyer avec un confort financier pour les gosses. Et c'est une libération, ce moment où elles deviennent mère. Elles gèrent leur vie comme elles veulent - du moins de leur point de vue.

Les hommes quant à eux sont globalement considérés comme des énormes pervers incontrôlables, et incapables dans tout sauf dans leur travail auquel ils doivent tout donner. Un homme sans travail est un moins que rien (les étrangers allant au Japon sont souvent choqués par la violence de ce mépris, bien pire que par chez nous). Beaucoup d'hommes vivent comme des célibataires en ville pour nourrir une famille qu'ils ne voient que très peu. A coté de ça, leur rôle et leur fierté est de "protéger quelque chose" (ça revient systématiquement dans les films et les animes), et on peut remplacer l'obsession de la fiction américaine à "trouver un rêve" par l'obsession japonaise à "trouver quelque chose ou quelqu'un à protéger". Sa fierté est de continuer inlassablement à protéger ce qu'il veut protéger (en général sa famille, ou le Japon), en bossant comme un taré tout en prenant soin de ne pas prendre ses jours de congés (c'est très mal vu, fainéant va !). Mais tout comme les femmes, ils sont très fiers de ce rôle et en aucun cas ne le remettent en question.

C'est un portrait sans doute faux, et assurément très caricatural, mais voilà. Le fait est que quand, dans une histoire, un garçon insiste tout le temps sur "c'est une fille donc blablabla" et inversement, une fille insiste tout le temps sur "c'est un garçon donc blablabla", c'est parce qu'il y a une séparation claire entre les deux, qui doit le rester. Ni l'un ni l'autre n'a envie que cette séparation disparaisse : c'est comme deux cultures qui cohabitent, ont chacunes leurs propres intérêts, et se défendent l'une de l'autre. La communication entre les deux est très compliquée, pleine de non-dits, d'incompréhensions, bref ce n'est pas souvent la joie les relations là-bas, d'où leur vie sexuelle réelle quasi-inexistante. Mais d'un autre côté, ils ne voient pas du tout ça comme un truc aussi important que nous, qui mettons souvent l'amour au centre de tout.

Bon, plus j'écris et plus je me dis que j'exagère 10 fois trop. Il y a un peu de tout ça dans mon intuition et dans ce que j'ai pu entendre, mais il ne faut pas non plus le prendre à la lettre. On peut surtout en retirer que les différences sont si fascinantes que ça plonge les occidentaux dans l'incompréhension et les théories vaseuses (ou l'indignation, ça arrive aussi).
Last edited by Cornemuse on 20 July 2017, 21:59, edited 1 time in total.

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Re: World End Economica

Post by Timst » 18 July 2017, 13:19

Marrant. Du coup est-ce que y'a un/des mouvement(s) féministe au Japon, et si oui sur quoi se focusent-ils?

Ce truc du travail roi j'ai déjà entendu parler plein de fois ouais, donc je pense qu'il doit y avoir plus qu'un fond de verité. Ça me fait me demander quelles caractéristiques de nos sociétés sont omniprésentes, mais on ne le voit pas par manque de recul. Quelle est la perception des occidentaux au Japon? Font ils la diff entre Europe et USA, ou est-ce que tout ce qui est blanc est fourré dans le même sac?

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Re: World End Economica

Post by Cornemuse » 18 July 2017, 13:24

J'ai rencontré quelques japonais, et aussi des coréens. Un truc qui semble revenir est : "les Français parlent tout le temps" (je ne sais pas si ça vaut pour les américains). Ils sont fascinés par nos repas et soirées où on parle à n'en plus finir, de tout et de rien. Le concept de refaire le monde est peu présent là-bas. A l'inverse, des amis qui sont allés au Japon me disent que quand tu fais une soirée là-bas, tu fais quelque chose : du karaoké, un cinéma, des jeux, etc. Tu te mets beaucoup moins souvent autour d'une table pour parler, parler, parler, et encore moins pour tout critiquer (ils sont très peu critiques envers le système dans lequel ils vivent, leur gouvernement, etc.)

Bon et sinon usual shit : on est romantiques, poètes, bons cuisiniers et ils adorent Paris, le Mont St Michel et Amélie Poulain. Alors que les Américains ils aiment beaucoup moins, pour des raisons évidentes.

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